"Or, pour le numérique, il n'y a pas d'art, ni même de formes sensibles propres à un matériau ou à un instrument. Le numérique opère non pas sur du "n'importe quoi", mais sur du "moins que rien"."

Edmond Couchot et Norbert Hilliaire, L'art numérique, Paris, Flammarion, 2003

10 janvier 2013

1ere année Licence : // Présentation d’une œuvre

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Bienvenue !


Vous devrez sélectionner une œuvre appartenant au champ des pratiques numériques et à la période qui vous a été attribuée lors de la 1ere séance. Les dates de passages seront publiées sur le blog.
L’oeuvre que vous choisissez n’a pas été l’objet d’une présentation antérieure (à vérifier sur le blog).

 >Votre oral
-Votre présentation doit reposer sur une documentation iconique, vidéographique ou autre, suffisamment conséquente pour faciliter la compréhension de l’oeuvre.
-Votre analyse n'excèdera pas 15 minutes, (incluant le temps de visualisation de l’oeuvre).
-Cette présentation sera suivie d’un temps de débat et fera l'objet d'un écrit.

>Restitution
-Chaque analyse fait l’objet d’une publication sur le blog. Mentionner : Nom/Prénom 2012-2013
-Respectez la nomenclature et gardez en tête que tout le monde a accès à vos écrits.
-Publication de votre article sur le blog la semaine suivant votre passage.


18 décembre 2012

Frenay ( Jean-Paul), Artificial paradise INC., 2009


 Frenay ( Jean-Paul), Artificial paradise INC., 2009

Fiche technique de l'œuvre:
Support: Video
 Realisation: Jean-Paul Frenay
Production : Condor
Date: 2009
Visibilité sur internet: You tube, viméo
Condition de diffusion et d’exposition: Internet
Langue d'origine: pas de langue

Artificial Paradise est un court métrage 3D de Jean- Paul Frenay réalisé en 2009.
Artiste belge, réalisateur de court métrage aux effets spéciaux stupéfiants. Il à été plébiscité pour faire des spots de pub de multinationales telles que Nike, Peugeot ou Volkswagen.
La minutie de la réalisation est remarquable, qualité de l’esthétisme biomécanique (tant par les couleurs, les mouvements, les textures, ou encore l’évolution de ces machines), les innombrables détails, le voyage dans cet espace indéterminé.
Les deux couleurs principales de la vidéo, sont assez distinctes, le blanc est la couleur du partage, des machines, de la matière soit disant réelle, blanc comme couleur pure et créatrice. Tandis que le noir celle de l’information, du contenu, matière informelle, inconnue, étrangère, obscure, chaque espace/temps à sa couleur.
Au début de court métrage nous pouvons reconnaître l’apparition d’une forme aux inspirations organiques. Autrement dit, trois tentacules aux extrémités lumineuses surgissent du corps d’une sorte de méduse pour laisser apparaître un cube. Celui-ci va se décomposer en centaines d’autres cubes, soit chaque cube est égal à un individu.
Le spectateur va donc être plonger dans un cube où se cache une identité humaine. A travers ou pour cette personne x, les machines sont omniprésentes et sans cesse sollicitée, celles-ci travaillent à plein régime.
Mais nous avons le rappel que c’est quelqu’un qui est derrière tout ca grâce à la recomposition de cet individu ou plutôt d’une silhouette bionique à partir de millions particules géométriques dans l’enceinte même de son cube, son espace. Celle-ci va récupérer une information assez violement qui lui sera retiré par la méduse qui la projettera a l’intérieur du cube. C’est un paysage ou l’on ressent la vitalité terrestre tant par les couleurs bien chaudes, la présence du soleil; des arbres ; des oiseaux. Soit un lieu aux allures utopiques. Grand contraste entre la projection et le projecteur car c’est le seul instant ou la présence de couleur ; de vie ; de réalité est présente.
Nous pouvons faire un lien immédiat entre les couleurs de chacun des éléments ; la vie terrestre est colorée ; nuancée ; pigmatisée ; présence de lumière chaleureuse, tandis que le monde technologique qui nous est montre est simplement blanc et noir ; point.
La violence est assez remarquable dans cet espace obscure par les mouvements brusques de toutes ces formes accentués par ces sons saturés, mécaniques et très saccadés. Violence qui sépare aussi ces deux mondes. Présente seulement dans l’enceinte mais à l’inverse, l’extérieur est en complète plénitude, son seul devoir de récolter des infos lui est chère. La violence est dévastatrice pour la nature et donc pour l’homme.
Toutes informations seraient stockées dans l’enceinte de cette création à l’échelle pharamineuse, l’ensemble des mémoires humaines ne ferait plus qu’une afin de rassembler une mémoire collective unique. Grâce à la technologie, des machines à programmation scientifiques, aucunes données seraient perdu, soit conservable et réutilisable à l’infini. Mais cela peut-il être possible ? Peut-on enregistrer les expériences sensorielles de chacun à l’intérieur d’un cube, à l’intérieur de quelque chose si ce n’est autre qu’a l’intérieur du monde même ?

Références:
Nick Heighway, Abstract Cinema 4D render tests
Des similitudes esthétiques et physiques ont été trouvées entre cette vidéo et celle étudiée telles que les couleurs ; certaines formes et l’espace. D’après le titre de la vidéo et quelques recherches ; nous pouvons remarquer que c’était seulement un test d’utilisation et de maitrise de la 4d ; aucune recherche intellectuelle. Nous assistons au défilé de formes noires organiques puis mécaniques dans l’enceinte d’un cube blanc.
http://www.youtube.com/watch?v=KyxA_9Ul8So&feature=related

2012-2013



12 décembre 2012

Paik (Nam June), Olympe de Gouges, 1989

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Fiche technique de l'oeuvre:
Support: Installation
Production: Nam june Paik
Packaging: aucun
Présence de date: 1989
Présence de signature: Oui
Visibilité sur internet: google image, http://dartdart.france2.fr/?id_article=137
Condition de diffusion et d'exposition: **
Langue d'origine:**


J’ai choisi de travailler à partir d’une œuvre de l’artiste Nam June Paik. C’est un artiste coréen né le 20 juillet 1932 à Séoul, en 1964 il émigre aux Etats-Unis, il meurt en 2006 à Miami. Il a au départ étudié la musique électronique. Il a travaillé à Radio-Cologne avec le compositeur allemand et pionnier de la musique électroacoustique Karlheinz Stockhausen. Il côtoie l’avant-garde de l’époque à savoir : Cage, Cunningham, La Monte Young et le couple Christo et Jeanne-Claude.
Il est le pionnier de l’art vidéo, dès 1963 il mêle des instruments de musiques et des TV dans ses installations. Dans son travail il joue sur la manipulation du son et de l’image, ainsi ses œuvres saisissent la perception du spectateur par une cacophonie visuelle et des arrangements sonores. Il a fait partie du mouvement FLUXUS.
Une œuvre hommage avec les principes de la république française.
Dans un premier temps je raconterai l’histoire de l’œuvre et de son contexte de création, et dans second temps je ferai la description et l’analyse de cette dernière.

I l’histoire de l’œuvre contexte de création
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L’œuvre que j’ai choisi est « Olympe de Gouges in la fée électronique », elle fait en réalité partie d’un ensemble de création de N.J. Paik, qui répond à une commande de la ville de Paris pour le bicentenaire de la révolution française. Elle date de 1989, mesure 300x200x50cm, elle est conservée à Paris au Musée d'Art Moderne. Pour les 100ans de la révolution française le gouvernement de la IIIe république décidait de faire une exposition universelle. Pour cette occasion, il souhaités l’édification d’un monument encore jamais vu : la tour Eiffel.
Rappel : Olympe de Gouges (7 mai 1748 – 3 novembre 1793) était une femme de lettre et une femme politique française. Elle est la créatrice du premier féminisme français. Elle écrit seule la déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, calquée sur le modèle de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen dans laquelle elle affirmait l’égalité des droits civils et politiques des deux sexes, insistant pour qu’on rendît à la femme des droits naturels que la force du préjugé lui avait retirés. Ainsi, elle écrivait : « La femme a le droit de monter sur l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la Tribune. » La première, c’est elle qui obtient que les femmes soient admises dans des cérémonies à caractère national, « la fête de la loi » du 3 juin 1792 et la commémoration de la prise de la Bastille du 14 juillet 1792. Elle fut guillotinée le 3 novembre de la même année pour avoir tenu tête notamment à Robespierre et Marat et avoir écrit des textes offensifs à leur égard.
Dans le dispositif de N.J. Paik il y a 5 œuvres, ce sont des sortes de « robot – réincarnation » de Rousseau, Voltaire, Robespierre, Diderot et donc aussi d’Olympe de Gouges. Il y a deux cents téléviseurs en tout, pour symboliser le bicentenaire de la Révolution, qu'il répartit entre le monument principal et les cinq robots.
Le lieu d’exposition choisi, a engendré le choix du titre chez l’artiste. Il s’agit de la salle que Raoul Dufy avait peinte pour l’exposition universelle de 1937, il l’avait nommée « la fée électrique ». Nam June Paik a donc réutilisé cette particularité pour le titre. 
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II  description-analyse d’olympe de gouges
 Olympe de Gouges in la fée électronique est constituée de 12 postes de TV couleur en bois, d’un lecteur de vidéodisque laser, de tissu et de fleurs en tissu.
Les TV sont empilées de façon à former une silhouette, certes robotique, mais humaine. Elles fonctionnent et font toute défiler les mêmes images, qui n’ont en soi rien à voir avec le sujet de la Révolution Française. Les fleurs et les bouts de tissus bleu, blanc et rouge sont disposés sur sa « poitrine » telle une cocarde tricolore.
Sur les flancs de la structure on peut y voir des idéogrammes chinois qui retracent la devise d’Olympe de Gouges avec les mots : « femme française, bonté, liberté, passion et vérité ».
La posture dans laquelle se trouve cette dernière fait un peu penser à une pose de mode dans un défilé.
Dans cette œuvre Paik se sert de la vidéo comme les sculpteurs se servent du marbre. Il créée ses images à partir du synthétiseur PaikAbe qu’il a mis au point en 1969 avec l’ingénieur Shuya Abe, qui lui permet de manipuler ses images à volonté. Ce sont des distorsions d’images, nous pouvons ici citer Vasarely et l’Op art en général.
Il faut savoir que Nam June Paik c’est mis à travailler avec les télés lorsqu’un jour il a posé un aimant derrière et que l’image c’est déformée.
Elle est en quelque sorte une œuvre spectacle, les télévisions captivant forcément les visiteurs. Elle a une posture qui rappelle "la Liberté guidant le peuple" de Delacroix.
Ce projet permet à l’artiste de pouvoir exprimer le fondement de son travail et de ses pensées, ce projet a été pour lui un déclic. Liberté – Egalité – Fraternité. Olympe de Gouges tel qu’il l’a construite et une nouvelle Marianne, elle porte les valeurs de notre République, les couleurs du drapeau par exemple. Mais ce personnage représente aussi la volonté de l’égalité par ses actions féministes et autres, la liberté parce qu’elle est une libre penseuse, et la fraternité parce qu’elle était pour un respect mutuel des différences. L’artiste place Olympe de Gouges sur le même plan que les autres personnalités de la révolution française, en effet elle est présentée comme patriote au même titre qu’eux. Comme une reconnaissance. Pourquoi le robot-réincarnation de Robespierre est-il représenté avec une lame, telle la guillotine sous le cou alors qu’Olympe de Gouges, elle aussi décapitée, non ?
Selon moi c’est à cause du fait qu’elle représente les valeurs de la République. Ces dernières ne meurent jamais, elles sont éternelles, le personnage historique, à travers l’œuvre de Paik devient donc une icône intemporelle. Le fait qu’elle incarne ces valeurs, lui a survécut, alors que de Robespierre on ne se souvient que de son personnage historique et que de son exécution.   

Nam June Paik a fait d’autre robot pour la famille-révolution, Danton, Marat, et David, mais ces créations ont été faites pour un musée de la Ville de Montréal.
Les hommages contenus dans l’œuvre sont nombreux, le premier est évidemment ce pour quoi elle a été commandée : le bicentenaire de la révolution française, les femmes de la révolution française et par là à Olympe de Gouges, aux valeurs de la république Française, et à Raoul Dufy.
Nous pouvons donc conclure que cette œuvre est une commande réussie et porte réellement les valeurs de la République française.

Louise Piffault (2012-2013)

11 décembre 2012

Sorin (Pierrick), Les réveils, 1988



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Support: Video.
Production: Pierrick Sorin. 
Packaging: sans
Présence de date: 1988.
Présence de signature: Oui
Visibilité sur internet: https://www.youtube.com/watch?v=mjdssddnBXc 
Condition de diffusion et d'exposition: exposé au musée. 
Langue d'origine: français.

Présentation :

Les réveils de Pierrick Sorin est un film super 8 de 5 minute, dans lequel on voit Pierrick Sorin lui même qui se filme tous les matins au moment où il se réveille. Il est fatigué et promet de se coucher tôt. Il y a 28 plans différents. Le fait qu'il soit tourné en super 8 une notion du film de famille est ajoutée, l'image est de moins bonne qualité et les mouvements sont moins précis. "Le comique lorsqu'il ne se limite pas à des soubresauts intempestifs, dissimule un gouffre." Pierre Giquel. Je me suis alors demandé en quoi le travail de Pierrick Sorin est en fait en quelque sorte un film autobiographique.  

Le principe d'auto-filmage pourrait amener à penser qu'il s'agit d'un narcissisme mais bien au contraire il s'agit d'auto dérision. Il se pose en idiot mais se rôle est en fait celui qui le délivre de tous les rôles, comme une façon de se libérer d'une société qui dicte les comportements. Cette pratique de l'autodérision devient une façon de se maintenir en vie, de protester, de se moquer des valeurs du monde adulte. Jean Marc Huitorel dit de Pierrick Sorin : "Solitaire, Sorin, mais paradoxalement, pas narcissique pour lui même plutôt narcissique collectif, de notre narcissisme à tous. En effet, le principe d'auto-filmage permet une identification du spectateur qui s’opère même quelques fois à nos dépens. Dans cette vidéo, le fait qu'il soit tourné en super 8 ajoute une certaine idée d'autobiographie. Mais aussi il se modèle et se prend comme un objet comme dans l'autobiographie où la personne se présente elle même, se modèle à sa façon. Cela me fait penser au travail de Noah Kalina qui s'est filmé pendant 12 ans tous les jours. 
Mais ce principe d'humour qui se dégage un mal aise chez l'artiste, il se présente sous son pire état peut être pour se cacher derrière cette image de comique. Il connait bien le spectateur et anticipe nos réactions, il sait que le rire peut servir pour nous cacher et lui se cache notamment par ce système.  Il nous prend à témoin en dépliant ses frustrations, ses erreurs ordinaires. Il autorise par le rire que s'exprime le défendu, on espère en savoir plus, dans cette vidéo, mais Sorin jubile et nous laisse pantois. Finalement une relation de l'ordre de l'intime se crée entre lui et nous, il nous fait rentré au plus prés de son quotidien. 
Mais Pierrick Sorin fait passer ses idées à travers son travail notamment sa critique de la société. La caméra devient comme un miroir, miroir d'une génération mais aussi de lui même. Il montre le repli, la désespérance, la solitude. Pour Sorin le comique n'exclut pas le pathétique. Le fait que ces oeuvre se retrouvent au musée devient une critique de ce lieu social, puisque dans ce lieu les comportements sont soustraits aux lois du silence et de la bienséance. Le monde de l'art pour Sorin est un monde élitiste, on peut lié ces idées à celle de Jean Dubuffet était un artiste délibérément opposé aux formes et usages d'une sphère qu'il voyait moribonde.  On peut aussi faire écho au mouvement Fluxus dans ces idées. Sorin a notamment effectué une action où il a collé des fausses "crottes de nez" sur des oeuvre d'art reconnus. 

Au final, on peut dire que l'oeuvre de Pierrick Sorin semble quelque chose de simple et de l'ordre du comique mais cela semble cacher beaucoup d'indices sur la personne de Pierrick Sorin. Il joue avec le spectateur, critique de la société, et où le comique semble être un bon moyen pour faire passer des idées. 

Gaëlle Chevalier (2012-2013)

























Mondot (Adrien) & Bardainne (Claire), Spectacle 2010



Fiche technique de l'œuvre:
Support: programmation numérique et projection au sol et mur lors de spectacle vivant
Production: Adrien Mondot & Claire Bardainne
Packaging: sans
Présence de date: 2010
Visibilité sur internet: http://www.am-cb.net/
Condition de diffusion et d'exposition: spectacles
Langue d'origine: français

Le travail d’Adrien Mondot et de Claire Bardainne propose une rencontre entre le spectacle vivant et les arts numériques. Leurs spectacles, propositions et expositions sont tous issus d’une confrontation entre le réel et le virtuel, entre le vivant et le fictif.
Images de synthèses en 3d, capteurs de mouvements et interactivité sont autant de possibilités qu’offrent le numérique aujourd’hui à ces artistes de la scène. La scène, c’est là où se déroule la fiction, c’est là où s’agite la magie pour quelques heures. La salle de spectacle comme celle de cinéma, est le lieu de rencontre entre rêve et réalité, le lieu où le spectateur oublie SA réalité pour mieux vivre le rêve. Un espace nouveau est ouvert, un espace qui s’offre entre l’ouverture et la fermeture des rideaux, un espace hors du temps, des histoires qui se racontent dans lesquels le temps est contracté, étiré, différent. Un film de deux heures dure la vie entière d’un héros, que nous semblons vivre comme telle. Un spectacle qui se déroule dans un lieu imaginaire comme une forêt ou un désert, est réel le temps de sa durée scénique. La scène est comme une mise en abyme de notre monde, c’est un tableau dans un tableau, un espace dans un espace. Depuis toujours, le théâtre, le cirque, la danse, la musique, la peinture et la littérature nous transportent dans d’autres lieux. Ce sont des moyens de décloisonnement entre le rêve et notre réalité. Comment par l’insertion de ces nouvelles technologies dans le monde de la scène, Adrien Mondot et Claire Bardainne, vont-ils  aller encore plus loin ? Bousculer toutes notre perception de l’espace, des espaces, du temps et des temporalités ? Comment les frontières entre le réel et le virtuel vont-elles-êtres poussées jusqu’à leur maximum ? Quelles relations l’individu entretient-il à son environnement grâce à l’interactivité ?
Le processus de leur travail est finalement assez simple, en passant par la danse ou le jonglage, Adrien Mondot et Claire Bardainne explorent simplement l’univers du décor avec des médiums numériques. Il ne s’agit plus de créer des décors en carton-pâte ou en bois, tout est numérisé et programmé. Pourtant au-delà de projeter un paysage sur un écran de fond par exemple, Adrien Mondot et Claire Bardainne grâce au logiciel qu’ils utilisent, e-motion, le « décors » numérique n’est plus juste une toile de fond mais un véritable lieu d’échange entre le corps et la projection.
Dans tout leurs spectacles, le dispositif numérique est le même, il s’agit de la projection d’une animation programmée sensible aux signaux du monde réel, au sol et sur un écran frontal. La personne qui performe sur scène, évolue dans un univers virtuel et interagis avec celui-ci. Plastiquement, le duo de programmateurs n’utilise pas d’images issues du monde réel mais uniquement des images de synthèses. Les lettres et les paysages modelés sont deux formes plastiques qui surgissent souvent dans leurs travaux. L’univers est poétique, éphémère, mobile, organique, aléatoire.
L’esthétique de leur travail est particulièrement connotée à une iconographie de l’espace au sens cosmologique du terme. Une référence qui ne semble pas hasardeuse pour ces artistes, puisque s’il y a bien un espace qui reste à l’heure actuel toujours irreprésentable pour l’homme c’est bien celui du cosmos. Une iconographie existe déjà belle et bien, mais elle reste limitée car nous ne savons rien de l’espace qui se trouve au-delà de notre galaxie, la notion d’infini nous reste inconnue.
Pourquoi représenter l’espace ?  Serait-ce une manière de le maîtriser ? De se l’approprier, de mieux le comprendre ? Les questions de représentation de l’espace soulevées par Adrien Mondot et Claire Bardainne ne sont pas des questions de plasticiens uniquement, mais également celles des scientifiques, des intellectuels, des politiques, des religieux. Ce sont les questions des hommes : où sommes-nous, qu’est-ce que cela peut-il bien être ? L’universalité de ces questions propres à toutes les civilisations, croyances et sciences, est un excellent moyen de justifier le croisement des disciplines dans la pratique de la scène numérique. La science et l’art se complètent et s’entre-aident dans la recherche de réponses aux mêmes questionnements.
Adrien Mondot et Claire Bardainne interrogent les questions de l’infiniment petit et de l’infiniment grand, autant de questions posées par la science, une association qui semble donc pertinente.

La spécificité du travail des deux artistes réside en particulier dans l’utilisation d’un logiciel appelé e-motion, programme informatique d’animation en temps interactif. Il permet de créer des interactions entre les images projetées et le mouvement humain issu du monde réel.
Notre corps est l’outil qui modifie l’espace grâce au dialogue entre celui-ci et la machine. Il s’agit du même principe dans les spectacles de Mondot et Bardainne, le corps dialogue avec la machine pour modifier un espace, créer un espace. Il agit comme un pinceau vivant, dont les mouvements peignent un décor. (Réf., Anthropométries, Ives Klein, 1960). Mais n’est-ce finalement pas toujours ce qu’a été le corps vis-à vis de l’art ? Un outil qui détermine la trajectoire et la prise de forme d’une matière ? La peinture prend forme grâce à la main qui dirige son trait, la sculpture nait du mouvement des mains donné à la matière. Finalement la pratique de la scène numérique ne serait-elle pas une pratique de la sculpture d’un espace dont la matière est simplement virtuelle ?
(Réf., Chunky Moove, Glow, biennale de la danse de Venise, 2010)

Emily Evans (2012-2013)